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Pump Up the Culture

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Loge de la fiction


"Je ne suis pas un héros !" : l'archétype héroïque chez Carpenter

Publié par Woodrow sur 31 Octobre 2012, 10:44am

Catégories : #Carpenter

"Je ne suis pas un héros !" : l'archétype héroïque chez Carpenter

Symbole à lui seul du franc-tireur à Hollywood, John Carpenter s’est assez vite distingué en mettant en scène des personnages d’anti-héros, tantôt rebuts de la société, tantôt étendard revendiqué ou malgré eux d’un anti-conformisme frondeur. De sa fascination du western (il cite Howard Hawks comme étant son cinéaste favori), Carpenter en gardera un penchant pour des personnages de parias, ambigus et loin d’être des modèles totales de vertu.

"Je ne suis pas un héros !" : l'archétype héroïque chez Carpenter

Une caractérisation inconfortable

Le personnage principal est bien souvent censé être le point d’identification, voire d’ancrage moral, du spectateur. Et bien sachez que chez Carpenter vous aurez à vous identifiez à des criminels (Desolation Williams de Ghosts of Mars, Napoleon Wilson etc…), une folle (Kristen de The Ward), une junkie (Mélanie Ballard de Ghosts of Mars), des hommes à tendance beauf (Jack Burton du film éponyme et Jack Crow de Vampires…), un alcoolique (Mac Ready de The Thing) ainsi qu’à un ouvrier au chômage (John Nada d’Invasion Los Angeles).

"Je ne suis pas un héros !" : l'archétype héroïque chez Carpenter

Criminels, alcoolique, amatrice de "paradis artificielles"...bienvenue chez Carpenter !

Une bien belle manière de renvoyer les poncifs du héros blanc comme neige, modèle de réussite sociale/professionnelle, bien souvent synonyme de fadeur en fiction. En peuplant sa filmographie de personnages en marge, Carpenter s’est assuré d’éviter le piège d’un certain cinéma devenu trop consensuel. Et il n’y a pas beaucoup de réalisateurs à l’heure actuelle qui peuvent se targuer d’avoir mis en scène les personnages parmi les plus attachants du cinéma tout en incarnant paradoxalement les franges de population les plus stigmatisées ainsi que certains des pires vices de l’humanité.

Des rebelles à l'autorité

A l’image de Carpenter et de la perception qu’en a le public surtout européen1, les personnages  de sa filmographie sont des rebelles.

Rebelles à une autorité supérieure, les contraignant à exécuter une « mission », qu’ils finiront par combattre. C’est le cas de John Nada, « working class hero », victime parmi tant d’autres d’un système capitaliste oppresseur, qu’il se mettra à combattre de front lorsqu’il se rendra compte que tous les instigateurs du système (politiques, yuppies…) ainsi que leurs bras armées (les forces de polices) sont en réalité des extraterrestres, asservissant les classes moyennes et populaires.

"Je ne suis pas un héros !" : l'archétype héroïque chez Carpenter

Snake, quant à lui, va jusqu’à retourner les quelques libertés qui lui ont été accordées contre les agents du président américain le recruterant de force, pour pouvoir faire échouer la mission qui lui a été confiée tout en assurant sa propre survie, en théorie « monnaie d’échange » sine qua non d’une basse besogne dûment accomplie.

Autorité qui les enferme également et qui les poussera à se rebeller ouvertement comme Napoléon Wilson qui chahutera un comissaire de police pendant un transfert de prisonnier ou Kristen enfermée dans un asile psychiatrique, et qui tentera à de nombreuses reprises de s’évader, n’hésitant pas à se montrer indisciplinée voire à faire usage de la force face à ses tortionnaires.

"Je ne suis pas un héros !" : l'archétype héroïque chez Carpenter

Des motivations ordinaires

Chez Carpenter point de héros aux nobles causes, qui aurait voué sa vie à protéger la veuve et l’orphelin. Sa motivation première est de survivre. Et peu importe ce qui se mettra en travers de son chemin. S’il faut mettre en place de viles ruses, menacer les bonnes personnes, voire en exécuter d’autres, pour vivre quelques minutes de plus, ça sera assurément fait ! L’étendard le plus évident parmi les personnages de Carpenter serait bien sûr le néo-cowboy Snake Plissken des films New York 1997 et Los Angeles 2013. Agent d’une mission dans laquelle il s’est retrouvé par contrainte, Snake n’hésitera pas à se détacher de l’image du héros parfait et lisse que l’objectif de sa mission, à la valeur morale défendue par ses intigateurs, impliquerait… (il doit sauver le président des U.S.A ou carrément sauver le monde, dans le dyptique qui lui est consacré)

"Je ne suis pas un héros !" : l'archétype héroïque chez Carpenter

Et quand la survie du personnage principal n’est pas sa motivation principale, elle est bassement matérielle, comme c’est le cas de Jack Burton (Kurt Russell), embarqué dans une mission de sauvetage malgré lui dans un Chinatown fantasmagorique, alors qu’il cherchait juste à récupérer son semi-remorque volé. C’est aussi le cas de Jack Crow, exécutant des vampires pour le compte de l’Eglise catholique, pour l’appât du gain. On est loin de l’altruisme et du désintéressement total du héros lambda !

1La perception de John Carpenter n’étant pas la même selon les pays, lui-même ironisant sur son statut de cette manière « En France, je suis un auteur, en Allemagne, je suis un cinéaste. En Grande Bretagne, je suis un réalisateur de film d'horreur. Aux Etats-Unis, je suis un raté »

² Et non pas le Central 13, comme l'indique le titre original du film : Assault on the precinct 13, par confusion avec le numéro de la division du central qui est le 13.

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