Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pump Up the Culture

Pump Up the Culture

Loge de la fiction


La violence selon Saint Martin

Publié par Woodrow sur 30 Octobre 2012, 14:56pm

Catégories : #Scorsese, #violence

La violence selon Saint Martin

S’il y a bien une composante essentielle au cinéma de Martin Scorsese ce serait la représentation de la violence sous toutes ses formes. Elle est frontale dans ses films de gangsters (Mean Streets, Les Affranchis, Casino…), psychologique (Les Nerfs à vif, Shutter Island) et même sportive (Raging Bull). Mais au gré de diverses lectures sur le metteur en scène une remarque sur la question de violence a l’air de revenir très souvent : Scorsese idéaliserait voire glorifierait cette violence. Serait-ce une réalité ou une lecture partielle des différents destins de ses personnages et de leur caractérisation ? Il faudrait toute une thèse pour faire le tour de cette question, mais voici quelques pistes de réflexions.

Le figure du gangster : entre fascination et répulsion

Loin de la figure aristocratique du gangster régie par un code d’honneur, et passée à la postérité avec la trilogie du Parrain de F.F Coppola, le traitement du gangster chez Scorsese se compose de deux phases, le fantasme cinématographique de celui-ci étant souvent rattrapé par une réalité plus abjecte. D’abord  décrit comme un milieu permettant d’accéder à une certaine réussite et reconnaissance sociale, avec ses moments de franche camaraderie entre les membres du milieu, vernis d’une réalité à base de coups bas, de code d’honneur qui vole en éclat dès que le besoin se fait sentir, et de violence qui pour le coup n’a plus rien de "bon enfant" selon l’échelle de valeurs des personnages. Et même si on est loin du sordide de la trilogie criminelle Pusher de Nicolas Winding Refn, tout n’est pas rose chez les gangsters de Scorsese, loin de là !

La violence selon Saint Martin

Le gangster scorsesien : un entre-deux dans la gamme du gangster cinématographique, entre réalisme repoussant et lyrisme

Quand dans les Affranchis, film-somme scorsesien, les personnages de Jimmy (Robert De Niro),  et Tommy (Joe Pesci), tabassent à mort le caïd d’une autre « famille » avant de l’assassiner, le traitement est très premier degré, loin de l’humour noir qui caractérisait les explosions de violence régulières de Tommy qui pouvaient prêter à rire, étant provoquées le plus souvent par des broutilles (un barman ayant oublié involontairement sa commande finira avec une balle dans le pied par exemple…).

L’absurdité et l'hypocrisie de l’ambivalence du comportement des gangsters (un code d’honneur et une prétendue morale en opposition à des activités criminelles) est encore pointée du doigt avec ironie dans ce même long-métrage, lorsque les 3 personnages principaux tenteront de dissimuler un cadavre et que ceux-ci seront quasiment surpris par la mère de l’un deux. Ils se retrouveront donc attablés, à se repaître de plats préparés par la mère, faisant preuve de bonnes manières et même de marques d’affection auprès d’elle, alors qu’un cadavre encore chaud est dans le coffre de leur voiture !

La violence selon Saint Martin

Leur prétendu code d'honneur (valeurs "professionnelles", familiales et amicales) volent en éclat à la moindre occasion

Rédemption et punition divine

Scorsese est un fervent catholique. Né dans une famille catholique traditionnaliste, il se destinait d’ailleurs à une vie religieuse et suit un enseignement religieux lorsqu’il entre au séminaire alors qu’il n’a que 14 ans. De ces années d’enseignement religieux il en gardera des thématiques liées qui parsèmeront sa filmographie (et même avant d’aborder directement des faits religieux dans La Dernière Tentation du Christ) ainsi qu’une constante dans le destin de ses personnages  : si ils ne cherchent pas la repentance et n’accèdent pas à la rédemption, ils mourront à coup sûr d'une punition divine. Deux finalités du péché tout droit sortie de la Bible !

C’est le cas de Johnny Boy (Robert De Niro) dans Mean Streets, "chien fou" totalement irresponsable et violent, qui périra à coup sûr de la suite de ses blessures. Quant à Charlie (Harvey Keitel) son destin ne sera pas aussi scellé (alors qu’il se retrouvera également sous le feu des balles des assaillants de Johnny), celui-ci s'efforçant toute sa vie de composer avec ses désirs de rédemption et le milieu violent dans lequel il baigne.

La violence selon Saint Martin

Deux modes de vies semblables mais deux caractères profondément différents pour deux fins différentes

C’est aussi le cas de Sam dans Casino, qui redevient bookmaker à la fin du film,  abandonnant ainsi son poste de gérant de casino qui le faisait inévitablement participer aux magouilles de la mafia locale. Il échappera de près à la mort. Son ami Nicky connaîtra une fin violente, à l’image de son mode de vie qu’il mènera jusqu’au bout…

La violence selon Saint Martin

L'un vieillira assurément moins bien que l'autre...

Le même schéma s’applique aussi pour le personnage de Henry Hill (Ray Liotta) des Affranchis (le fait que le film soit basé sur un vrai personnage ne change pas grand chose), qui se retrouvera à devenir indicateur malgré lui pour le FBI et de revenir à une vie rangée, qu’il avait en abomination. Une rédemption amère et d'abord subie donc, mais une rédemption quand même ! On ne pourra pas d’ailleurs en dire autant de son ami ultra-violent Tommy qui aura un sort beaucoup moins enviable…

La violence selon Saint Martin

"Qui vit par l'épée, périra par l'épée"

Il y a néanmoins des films où ce schéma ne s’applique pas totalement, sans pour autant être remis en cause.

Dans Les Infiltrés, un jeu de faux-semblants se met en place entre divers personnages, amenés à commanditer des meurtres pour la police et la mafia, voire par le jeu des doubles identités, pour plusieurs partis en même temps. Ce brouillage des valeurs impliquera la mort de tous les principaux personnages*, ceux-ci ayant été jusqu’au bout de leur logique meurtrière au nom d’institutions légales ou non.

Enfin, le parcours de Travis Bickle (Robert De Niro) dans Taxi Driver va impliquer deux fins, dont l'une à la véracité assez floue au sein du film. Travis ayant sombré dans une spirale de violence meurt apparemment sous des coups de feu (punition donc). Mais le déclencheur de ce déferlement final de violence s’est fait par le désir de Travis de trouver son salut (sa rédemption) grâce à une jeune prostituée (Jodie Foster) qu’il voulait arracher des griffes de son proxénète (Harvey Keitel). Ce dernier élément pris en compte, une fin ou Travis reprendrait le cours de sa vie et de son travail de chauffeur de taxi suit la séquence de sa mort. Mais cette séquence très happy-end dans le ton paraît très fantasmatique compte tenu des pulsions meurtrières de Travis auxquelles il a finalement cédées (alors qu’on en voyait que les prémices, souvent coupés court, tout le long du métrage) fussent-elles pour une cause qui lui semblait noble. Une idée radicale d’une certaine morale...

La violence selon Saint Martin

*Dans Infernal Affairs, film dont Les Infiltrés est le remake US, le policier ripou ne se fait pas abattre.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Articles récents