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Pump Up the Culture

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Loge de la fiction


Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

Publié par Woodrow sur 6 Novembre 2012, 21:12pm

Catégories : #violence, #vengeance, #Wan, #Jee-Woon

Bien souvent balayé d’un revers de la main par la critique (professionnelle ou non) au nom d’une idéologie puante qui consisterait à une apologie et à un encouragement à l’auto-justice, le film de vengeance revêt pourtant bien souvent un caractère loin de correspondre à cette description.

Si les suites d’Un Justicier dans la ville (Michael Winner, 1974) constituent, avec ses nombreux dérivés, une partie du genre plus discutable, il existe beaucoup d’autres œuvres s’inscrivant dans la même logique narrative et qui n’ont pourtant pas la même finalité idéologique. Les récents Death Sentence (James Wan, 2007) et  J’ai rencontré le diable (Kim Jee-Woon, 2011) en sont de bonnes incarnations. Décryptage.

Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

De par la peinture d’actes violents qui refuse toute esthétisation et embellie,  traités de manière frontale et sèche, Death Sentence et J’ai rencontré le diable ne peuvent en aucun cas être taxés d’irresponsables.

Le vrai moteur de ces films étant plus les péripéties satellites (course-poursuite et traque) que les meurtres et autres mutilations, les éloignant ainsi du tout venant du torture-porn (les suites de Saw et le premier Hostel en tête). Il est d’ailleurs assez révélateur de constater que les pures scènes de tension ne sont s’étendent sur plusieurs minutes là où les séquences plus violentes, qui les suivent, se font plus brèves.

Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

Le calme avant la tempête

La description de l’absurdité quasi-inévitable de la loi du talion relie également les deux films.

Dans Death Sentence, le personnage de Nick (Kevin Bacon), père meurtri par la mort de son fils est, au début du métrage, un manager haut placé dans une agence d’assurance. Il va au fur et à mesure du film se muer en machine à tuer, devenant ainsi comme les individus responsables de la mort de son fils. Il va même jusqu’à adopter leurs méthodes meurtrières,  leurs armes ainsi que leurs traits physiques…  Le chef du gang ayant tué son fils ira même jusqu’à ironiser sur le fait que Nick est au final devenu comme lui par ses actes.

Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

D'abord antagonistes...

Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

...que le meurtre commandité par l'un d'eux changera radicalement le père endeuillé...

Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

...pour se muer au final en deux faces d'une même pièce.

Un aspect radical de la peinture de l’auto-justice : celle-ci n’est jamais sans conséquence et implique forcément un mimétisme, à tous les niveaux, des personnes que l’individu vengeur s’est juré de combattre.

Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

Les deux personnages se débarrassent d'une certaine part de leur humanité (dans les deux cas il s'agit de leur emploi) pour débuter leur quête vengeresse

J'ai rencontré le diable adopte le même point de vue et le même parcours pour son personnage principal en y ajoutant un aspect ouvertement excessif de la quête vengeresse. Le héros (Lee Byung-Hun) traque, trouve et lynche, avec un côté très exubérant, le meurtrier de sa femme pour ensuite le relâcher et répéter le même schéma plusieurs fois. Une mécanique de vengeance illogique poussée jusqu’au bout avec une couche supplémentaire dans l’aberrance qu’elle constitue. L'absurdité de la situation blâmée par un traitement volontairement excessif.

Ces deux films ont aussi en commun de terminer sur une fin des plus amères, comme pour conclure de manière cohérente la thématique induite par les parcours vengeurs des deux personnages. En tombant dans cette spirale de violence, ils se sont retrouvés malgré eux dans une logique autodestructrice et n’en sortiront pas indemne, comme pour symboliser le fait que leur vengeance assouvie n’aura au final rien arrangée. Bien au contraire.

Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

Un deuil possible...

Le film de vengeance : un genre à la morale intrinsèquement douteuse ?

...qu'une fois la vengeance accomplie ? Non.

Nick se retrouve au seuil de la mort, blessé au cou. Quant au personnage principal de J'ai rencontré le diable, il finira en larmes, prenant conscience de sa quête vengeresse stérile qui ne lui aura pas permis d’accomplir correctement son deuil et qui l’aura donc rapprocher du meurtrier de sa femme par bien des traits communs, allant même jusqu’à le tuer de la même manière que sa défunte épouse. Cruelle ironie !

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