En plein cœur du marasme ambiant de l'année 2013, un constat s'est imposé à moi : l'îlot de bonheur, qui ne connaissait pas la crise (du moins qualitative), se situait surtout dans les salles obscures ou en direct-to-dvd. Non pas que les longs-métrages de ma sélection 2013 présentent forcément des horizons de bonheur à ses personnages. C'est même parfois l'exact contraire. Mais chacun de ces films, dans son genre et même au-delà, s'est imposé à mes yeux comme une réussite voire un nouveau mètre-étalon du genre.
C'est pour tout cela que, pour la première fois, j'ai au final retenu 20 films. 20 propositions de Cinéma (sans aucun ordre de préférence), que les quelques flops de l'année ne viendront en rien ternir.
Inside Llewyn Davis de Joel et Ethan Coen
"La Merditude des choses" illustrée par les frères Coen. Ce n'est pas la première fois que les Coen brosse le portrait d'une figure de loser, mais c'est sûrement la première fois qu'ils la saupoudrent d'une grosse dose de mélancolie.
♪♪ Fare thee well, my honey, fare thee well ♪♪

Dragon Gate, la légende des Sabres Volants de Tsui Hark
Le film que Joss Whedon rêverait de faire mais qu'il ne fera jamais. [Attention ceci était une attaque totalement gratuite. Mais véridique]

Love Exposure de Sono Sion
LA fresque romantique de l'année où on peut croiser du fétichisme de petites culottes présenté souf forme d'un art martial (avec son sensei), Sasori la femme scorpion à l'assaut d'une secte totalement cintrée... et j'en passe
Un film pour lequel on bande avec le coeur.

Django Unchained de Quentin Tarantino
Après plusieurs flirts et autres rencards, l'union entre le western et QT est enfin pleinement consommée.

Cloud Atlas d'Andy, Lana Wachowski & Tom Tykwer de Bong Joon-ho
Certain-e-s cinéastes foirent leur film, d'autres en font plusieurs en un (du film d'action, de la comédie, de la chronique sociale...) et les mènent d'une main de maître.

Les 2 oeuvres les plus protéiformes de l'année m'ont paru être les plus harmonieuses. Avec en prime un désir dans leur structure et dans leur propos de renverser l'ordre établi.

The Master de Paul Thomas Anderson
Après le tellurique There Will Be Blood, PTA en fait sa variation inversée et feutrée. Il continue donc l'air de rien sa filmographie sans faute et confirme encore une fois qu'il est un des cinéastes US les + importants.

Journey To the West de Stephen Chow Le Dernier pub avant la fin du monde d'Edgar Wright
Un plaisir d'avoir la même année deux films de deux cousins cinématographiques. Leur point commun ? Avoir fait évoluer leur mise en scène en y intégrant des grammaires visuelles venues d'autres médias (jeu vidéo, BD, manga, cartoon...)

Chow revisite un classique de l'imaginaire chinois (la légende du Roi Singe) en mixant l'aspect mo lei tau (littéralement «n'importe quoi», type de comédie chinoise usant d'un absurde poussé très très loin) de ses débuts à sa veine plus spectaculaire entamée dans les années 2000. (avec Shaolin Soccer et Kung Fu Hustle)
Quant à Wright il court-circuite comme toujours un genre cinématographique (ici le film de body snatchers ) à des fins méta-textuelles (mais jamais parodiques) pour signer l'opus de la Cornetto Trilogy le plus ouvertement introspectif et écorner au passage la figure du manchild qu'il avait contribué à populariser.

Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese No Pain No Gain de Michael Bay GTA V de Rockstar Games
Marty et Michael ont tous deux réalisé leur Showgirls ! Soit deux mises en boite utilisant une vulgarité excessive collant parfaitement à leur univers respectif dépeint, et à l'ambition totalement dévoyée de leurs personnages broyant (parfois littéralement !) l'humain pour le dieu dollar.

- What happened to us? What happened to the American Dream?
- What happened to the American Dream? It came true! You're lookin' at it...
Mud de Jeff Nichols
Le mélange atomique entre un Monde Parfait, L'autre Rive et Tom Sawyer (ben oui quand même...). D'un classicisme revigorant.

New World de Park Hoon-Jung

Gravity d'Alfonso Cuarón
Le survival terminal et ultime. Cuarón prouve une fois de plus que les innovations techniques ne sont jamais plus efficaces que quand elles sont au service de l'immersion et de l'émotion.

Prisoners de Denis Villeneuve
L'une des meilleures utilisations qu'on puisse faire d'un genre codé (ici le thriller) : s'en servir comme terreau pour un drame humain (et sans qu'un des 2 aspects ne souffrent de la spécificité de l'autre) et de certains questionnements moraux qui peuvent en résulter.

Pacific Rim de Guillermo del Toro
L'équation la plus simple et pourtant la plus joussive
(Gros monstres + gros robots) x (mise en scène de Del Toro toujours au service de l'action et de l'émotion - standards agaçants de la plupart des blockbusters US actuels) = méga panard intégral.

Le Hobbit, la Désolation de Smaug de Peter Jackson
Peter Jackson, Fran Walsh, Philippa Boyens : fournisseurs d'épopées éclatantes depuis 12 ans. Le plus beau dragon vu sur un grand écran.

Take This Waltz de Sarah Polley Alabama Monroe de Felix Van Groeningen

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Quant à Alabama Monroe, son récit bâti sur une construction en flashback met en opposition le bonheur perdu et le malheur présent (à la manière d'un Blue Valentine) décuplant ainsi la charge émotionnelle de cette romance déchirante.

Only God Forgives de Nicolas Winding Refn
l'hermétisme radical à la limite de l'abstraction prétextant d'un genre a priori codé pour mieux déployer son programme cinématographique expérimental.

Côté flops
Les anciens frères ennemis Dario Argento et Brian De Palma se défient à présent sur le domaine de la médiocrité tantôt drôle, tantôt désespérante, respectivement avec Dracula 3D et Passion.
Stallone et Schwarzenneger font de même avec Du Plomb dans la tête et Le Dernier Rempart. Et s'allie pour Evasion (car tant qu'à faire n'importe quoi autant le faire à deux).
Kechiche est constipé et a déféqué durant 3h (La Vie d'Adèle). Kosinki profite que Cruise soit moins attentif dans ses choix de cinéastes avec lesquels il collabore (Oblivion).
Marvel Studios continue avec brio leurs parodies d'adaptations de comics avec Thor 2.
Le PG-13 continue de tuer Wolverine (qui s'est reconverti en punching ball pour l'occasion) et fait à présent dans le zomblard (World War Z). Machete Kills le public. Leave Leatherface, Carrie and McClane alooooooone ! (Texas Chainsaw 3D, Carrie la Vengeance et A Good day to Die Hard).
